QUARANTE ANS DÉJÀ

Le 15 juin 1979 neuf loges totalisant 330 Frères se désolidarisent de la Grande Loge de Belgique pour fonder la Grande Loge Régulière de Belgique Ils ne le font pas le cœur allègre, toute séparation est difficile, mais par conviction. L’enjeu est de taille : maintenir en Belgique une Franc-maçonnerie reliée à la Chaîne Universelle par la pratique d’une maçonnerie symbolique et spiritualiste non axée sur une approche sociétale. Ils s’inscrivent dans la lignée des pères créateurs de la Maçonnerie spéculative définie par les Constitutions d’Anderson dont la première version remonte à 1723.

Au second semestre de 1979 deux autres Loges qui n’avaient pu être prêtes pour le 15 juin s’agrègent à l’obédience naissante et en décembre est installée la Respectable Loge Jan van Ruysbroeck dont la création avait été refusée auparavant par les instances dirigeantes de la Grande Loge de Belgique.

Néanmoins une question se pose : le tout jeune et confidentiel corps maçonnique sera-t-il viable ? En effet, par exemple, la Franc-maçonnerie fonctionne par cooptation. Or dix des douze Loges sont concentrées à Bruxelles et en Brabant wallon[1] ce qui limite le champ d’exploration pour l’accueil de nouveaux Frères. Heureusement, le 1er Grand Maître C.W. V  jouissait d’une aura internationale incontestable et avec le concours d’éminents Frères, il mit en place les principaux outils qui assureront la pérennité de l’obédience.

1° Une Constitution[2] claire qui élimine toute ambiguïté quant à l’engagement au sein de la Franc-maçonnerie mondiale régulière.

2° Encourager la pratique de la pluralité des Rites pour les Loges travaillant sous son autorité. Ce fut un choix judicieux qui permit et permet toujours aux Frères de choisir les rituels qui répondent le mieux à leur personnalité et ainsi de progresser efficacement sur le chemin de leur spiritualité intérieure.

3° La création de deux Commissions vitales ; celle des Rituels et des Affaires Étrangères. La première propose aux Loges[3]  des rituels à hautes valeurs symboliques. La seconde a pour objectif d’accroître sans cesse le renom de notre Grande Loge à l’étranger.

Enfin, toute association ayant des contraintes financières le Suprême Conseil du Rite Écossais Ancien et Accepté pour la Belgique ouvrit ses portes pour accueillir le siège administratif de la Grande Loge Régulière de Belgique de même que ses Loges bruxelloises.

En 1980, les assises de notre Grande Loge se stabilisent par l’érection des Colonnes de six nouvelles Loges. Elles favorisent la ventilation géographique par l’implantation d’Ateliers à Liège, Kortrijk et Gent. La continuité de notre Ordre est définitivement assurée. Toutefois notre progression est lente puisqu’en 1989 à la date de notre dixième anniversaire nous comptabilisons 24 Loges.

La décennie suivante connaîtra quelques turbulences. Treize nouvelles Loges sont inscrites au

Tableau de l’Obédience. Malheureusement en contrepartie les enquêtes auxquelles sont soumises les candidats à l’initiation sont parfois sommaires quant à la portée de nos fondamentaux dont le respect intégral de notre Constitution. Conséquence des Frères nous quittent individuellement réalisant qu’ils ont choisi une voie maçonnique ne répondant pas à leur attente. Plus gênant nous subirons quelques départs groupés mettant en danger la survie de 2 ou 3 Ateliers[4]. Grâce au travail et l’aide des autorités de l’obédience les brèches ont été colmatées et ces Loges refonctionnent normalement.  Depuis, entre 2000 et mars 2019 vingt-cinq nouvelles Loges ont vu le jour soit un total de 61 Ateliers au Tableau de l’Ordre. L’obédience couvre désormais l’ensemble des provinces belges et la Région bruxelloise.

Il convient aussi de noter que nous atteignons le seuil des 2000 adhérents. Mais surtout avec un âge moyen de 58 ans ½ notre obédience bénéficie de la moyenne d’âge la plus jeune au sein de la franc-maçonnerie belge. Cette tendance s’accentue sans cesse notamment avec la création en juin 2017 d’une Loge dans la ville universitaire de Louvain-la-Neuve.

À l’échelon international la Grande Loge Régulière de Belgique est en relations d’amitié avec 177 Grandes Loges réparties dans le monde et des dossiers de reconnaissance sont à l’étude[5]. La force des liens internationaux n’est pas de pure forme. Ainsi en 1977 en présence du Très Respectable Grand Maître de la Grand Loge de Grèce est fondée la loge grecque Pythagoras[6] et en 2012 le Très Respectable Grand Maître de la Grande Loge de Turquie participe à l’installation de notre loge turcophone.

Pour être complet dans cet historique, onze Grands Maîtres se sont succédé à la tête de notre obédience. Les deux premiers furent initiés au Grand Orient de Belgique et il a fallu attendre 1999 et notre septième Grand Maître pour qu’un Frère initié à La Grande Loge Régulière de Belgique accède à la plus haute fonction.

Résolument engagée vers l’avenir la Grand Loge Régulière de Belgique assume pleinement ses spécificités dans le paysage maçonnique belge. Toutefois se définir par rapport à nous-mêmes n’implique aucun rejet ou ostracisme vis-à-vis des autres puissances maçonniques. Nous éprouvons de l’estime pour les Frères et Sœurs d’obédiences qui n’adhèrent pas à notre voie et dont les idéaux sont totalement respectables[7]

Pistis, maître maçon.

 

 

[1] Les 2 autres étant situées à Charleroi et à Mons

[2] La Constitution est le texte fondamental qui lie entre elles les Loges d’une obédience.

[3] Ateliers qui restent souverains dans leur choix tant qu’ils demeurent dans les cadres définis par la Constitution et du Règlement Général.

[4] Aujourd’hui chaque candidat est dûment prévenu du panel maçonnique de notre pays et du choix qu’inclut sa demande d’adhésion à la Grande Loge Régulière de Belgique.

[5]  Il n’y a plus guère que la Corée du Nord et la Chine continentale qui interdisent la franc-maçonnerie.

[6] Une première en Europe.

[7] Les conférences organisées par notre Loge de Recherches Ars Macionica sont accessibles à toutes les Sœurs et tous les Frères.