LE GRAND MAITRE

Dans l’antépénultième chronique « Un avenir serein » nous traitions de l’installation du douzième Grand Maître de la Grande Loge Régulière de Belgique. Grand Maître !  Ce vocable bien connu évoque pourtant une part de mystère au public non averti. D’aucuns l’imaginent disposant d’un pouvoir absolu sur tous les Frères de son Obédience. Loin s’en faut. En réalité sa fonction oscille entre prééminence et attributions.

Expliquons premièrement la prééminence qui relève de la forme de sa charge et non du fond. Le Grand Maître est revêtu d’un somptueux[1] tablier dont certains symboles sont ornés de fils d’or Il est la marque visible de sa haute fonction tant dans les Loges de l’Obédience qu’à l’étranger. Néanmoins cet ornement ne lui appartient pas. Il reste la propriété de la Grande Loge et sera transmis à son successeur à l’issue de son mandat. Lorsqu’il visite un Atelier il est accueilli selon un protocole honorifique précis. Entre autres, le Président de la Loge l’invite à prendre la direction des travaux ce dont il s’abstient évidemment[2]. À la fin de la réunion quand il a pris la parole, nul ne peut s’exprimer après lui. Lorsqu’il préside une Réunion de Grande Loge il entre le dernier devant l’assemblée déjà installée et en sort le premier. Quand il se rend à l’étranger pour l’installation d’un Grand Maître (nous en reparlerons) d’une Obédience régulière il est reçu, es qualité, aux frais de la Grande Loge invitante. Voilà un résumé des honneurs dus à sa charge.

Énonçons secondement ses attributions et le lourd emploi du temps qu’elles entraînent. Condition préalable à l’exercice de son poste il doit impérativement être bon trilingue. Outre le français et le néerlandais langues officielles de l’Obédience, il doit pratiquer l’anglais avec aisance car c’est la langue usuelle des réunions internationales auxquelles il est convié. Au niveau de notre association il préside le Grand Comité composé des neuf membres qui sont ses conseillers directs. Cette présidence est évidemment proactive. Quel que soit son cursus scolaire et professionnel il doit posséder ou acquérir de solides notions juridiques, de comptabilité et de psychologie. Psychologie car il est appelé, à titre d’exemple, à trancher avec doigté dans des conflits de personnes ou d’intérêts divergents entre deux Loges. Il est également essentiel qu’il connaisse au mieux la vie, l’évolution et les aspirations de toutes les Loges de sa juridiction. Pour ce faire, il s’appuie sur le Collège des Grands Officiers dont chaque membre lui adresse un rapport après toute visite effectuée dans un Atelier. Cela sous-tend qu’il assimile ces informations afin de répondre en permanence à n’importe quelle question qui lui serait posée par une Loge.  Certes, il lui est toujours loisible de s’appuyer sur les dossiers tenus à jour par le Grand Archiviste pour consulter tout élément utile à son appréciation. Enfin, d’office il préside l’A.S.B.L. G.L.R.B. De fait, comme tout dirigeant d’entreprise il est entouré de Frères répondant à divers degrés de compétence pour mener à bien les différentes activités et projets de l’institution. Il est donc le moteur qui promeut des buts à ses Frères pour l’avenir et la pérennité de notre Ordre. Pourtant premier responsable de l’Obédience et partant garant du Règlement Général et de la Constitution, il ne dispose pas de réel pouvoir. En effet le chapitre I du Titre II de notre réglementation stipule à l’article 9.1 : La Grande Loge est seule habilitée à légiférer pour le gouvernement de l’Obédience[3].

En ce qui concerne les Grandes Loges de la Correspondance, le Grand Maître est sollicité pour assister à l’installation de ses pairs. Rien qu’en Europe cela inclut actuellement 42 Grandes Loges et Grands Orients. Si l’on prend en compte que l’année maçonnique est égale à une année scolaire tout Grand Maître doit établir des choix : présence, excuse ou si c’est possible désigner un représentant. De surcroît les visites aux Orients étrangers sont fatigantes. Elles durent entre 2 et 3 jours et comportent un calendrier d’obligations et de réceptions serré. Enfin à intervalles réguliers les autorités maçonniques d’un pays organisent une conférence mondiale des Grands Maîtres et il est important que tout chef de l’Ordre y assiste.

Je précise que même si les devoirs d’un Grand Maître sont assez détaillés dans ce focus, la liste est loin d’être exhaustive.

En conclusion, si c’est un honneur et une marque de confiance d’être élu Grand Maître par ses Frères le quotidien de ce dernier n’est pas une sinécure. Pendant quatre ans il accepte de nombreux sacrifices. Sa vie familiale est mise relativement entre parenthèses. Son temps ne se calcule pas et les imprévus sont récurrents.

La devise d’un Grand Maître pourrait se résumer à : servir, écouter et don de sa personne. Et si, par hasard, un Frère atteignait cette haute fonction dans l’intention de satisfaire son ego il ne quitterait son mandat qu’amer et meurtri. « Car ce n’est pas l’intelligence qui fait la valeur d’un homme, c’est la façon dont il l’emploie[4] ».

 

Pistis, maître maçon.

 

 

[1] Voir photo en-tête de l’article « Un avenir serein ».

[2] Sauf en cas de crise grave au sein du groupe. En quarante ans d’existence de la G.L.R.B. ce cas de figure ne s’est produit que trois fois.

[3] La Grande Loge est composée des délégués des Ateliers dont le nombre varie en fonction de l’importance quantitative des membres de chaque Loge.

[4] Gilles Legardinier.