Vers un avenir serein

            En application du Règlement général de notre obédience, tous les quatre ans en mars la Grande Loge élit un nouveau Grand Maître et les Grands Officiers qui le seconderont dans sa lourde tâche. Celui-ci et ses Officiers seront installés le 2 juin prochain[1]. Lors de cette assemblée de mars, le Grand Maître descendant de charge a dressé le bilan de son mandat et concluait son discours par deux binômes : « Tradition et avenir » « Questionner et s’émerveiller ».

Avant de commenter ces aphorismes un préliminaire s’impose. Entre la pensée de l’émetteur (le Grand Maître) et l’interprétation du récepteur (votre serviteur) une rencontre d’émotions personnelles émergent. C’est donc mon ressenti que je livre à votre réflexion.

En critique historique la Tradition est une information relative au passé, plus ou moins légendaire, non consignée dans des documents originaux et transmise d’abord oralement de génération en génération et par la suite consignée dans des textes écrits. Et effectivement au sein de la Franc-Maçonnerie régulière la Tradition s’exprime par une transmission s’appuyant sur des sources symboliques permettant à chacun d’approfondir la connaissance de soi et ainsi d’appréhender l’avenir d’un regard critique et sans passion[2]. Il est important  de préciser qu’en Maçonnerie, la Tradition prend une dimension dynamique : il s’agit de la somme cumulative des espoirs, questionnements, des angoisses et doutes qui se transmettent à travers les générations.

Quant à l’avenir, il se subdivise en deux approches. L’avenir proche s’apparente plus à notre quotidien profane mélange de soucis, de joies et de situations récurrentes rythmées par le calendrier. Les acquis de la méthodologie maçonnique n’y occupent qu’une place secondaire. Par distinction, l’avenir à long terme s’inscrit au niveau des idées notamment éthiques. Dans cette optique, chaque franc-maçon actif ajoute une pierre à l’édifice visant au perfectionnement de l’homme tant en Loge que dans ses sphères d’influences profanes. Réalité et non utopie car l’Histoire nous enseigne que toute civilisation finit par disparaître et est remplacée par d’autres. Lesquelles, lentement, avec des coups d’arrêts et des soubresauts tragiques, progressent malgré tout vers l’amélioration (cf. l’évolution de la médecine).

Le binôme « Questionner et s’émerveiller » est complémentaire du premier. Couramment le verbe questionner consiste à interroger autrui dans le but d’obtenir une réponse sur un sujet donné. Le franc-maçon, par la nature de sa formation initiatique, évoque des questions plus ou moins explicites que l’on se pose à soi-même en des thématiques impliquant des difficultés à résoudre tant dans le domaine des idées que celui de l’action. Les réponses à son analyse, certes subjective, lui permettent de s’ouvrir à l’émerveillement. Dans cette approche s’émerveiller n’est pas d’ordre esthétique ou événementiel mais prend racine en lui de manière aussi vitale que les battements du cœur. À ce titre, étant strictement personnel, il est incommunicable mais paradoxalement rayonne implicitement au sein de l’entourage du Frère.

Toutefois pour clore cet article, il me semble être en symbiose avec la pensée du Grand Maître sortant en citant un extrait d’un rapport du Collège du Rite Écossais Ancien et Accepté : « La Franc-Maçonnerie véhicule une espérance vitale à notre monde en pleine crise. Cette espérance est fondée sur le profond attachement de la Franc-Maçonnerie à l’humanisme qui fait de l’homme son souci central, dans le respect des idées et des différences ».

Ah oui ! J’allais oublier la date de ce rapport : le 28 février 1998.

Ainsi rien ne change mais tout bouge.

Pistis, maître maçon.

 

 

[1] En septembre l’article de de la rubrique « focus » sera consacrée à cet événement.

[2] Lire focus précédent : La Franc-Maçonnerie se justifie-t-elle encore ?