Une soirée exceptionnelle

Le 28 novembre dernier la Grande Loge Régulière de Belgique a lancé officiellement la commémoration des trois cents ans de la naissance de la franc-maçonnerie moderne dans la salle Gran Eldorado de l’U.G.C. place de Brouckère. L’hémicycle comble réunissait des membres de notre Grande Loge, leur famille, des Sœurs et des Frères d’autres obédiences belges et étrangères et des non-maçons. Tous venaient assister à la projection en avant-première mondiale du film de Tristan Bourlard : « Terra Masonica : Around the world in 80 Lodges »[1]  Ce documentaire a été produit de manière totalement indépendante par la société de production Nexus factory et conçu hors des télévisions ou de toute institution privée. Il existe grâce à deux producteurs belges : Serge de Poucques et Sylvain Goldberg. Autre spécificité, Tristan Bourlard en qualité de réalisateur a choisi, selon une approche personnelle, de traiter la maçonnerie traditionnelle née en 1717. Dès lors, il n’inclut pas dans son œuvre d’autres formes de maçonneries apparues au XIXe siècle et au XXe siècle telles la maçonnerie mixte ou la maçonnerie féminine (ce qui n’ôte rien aux valeurs qu’elles véhiculent en elles-mêmes)

Cela précisé, en tant que spectateur je souhaite souligner cinq passages de ce documentaire qui m’ont fortement ému.

Le voyage débute en Écosse dans la petite cité de Kilwinning qui a le privilège d’héberger la Kilwinning Lodge number nothing. Les images nous montrent la réception d’un nouveau Vénérable Maître. Elle donne lieu dans le village à un cortège des Frères portant leurs décors et précédés de la fanfare locale. Ils défilent en rue sous les applaudissements de la population. Cette osmose entre les habitants et la Loge est très touchante car impensable dans les pays d’Europe continentale.

En Afrique nous découvrons une toute autre situation. Nous sommes au Mali pays malheureusement instable. L’équipe de tournage n’est prévenue qu’au dernier moment du lieu d’installation du nouveau Grand Maître. Elle s’y rend avec une escorte armée et l’endroit de la réunion est placé sous protection militaire. Dans ce contexte, l’entretien accordé par un responsable musulman de la Grande Loge du Mali est édifiant quant aux valeurs véhiculées par la franc-maçonnerie. Il explique que dans leurs Loges les Frères musulmans, chrétiens et animistes travaillent en paix et harmonie au perfectionnement de l’homme. Il insiste sur un point : la pratique de sa foi et de la méthodologie maçonnique loin d’une incompatibilité s’interpénètrent et s’enrichissent mutuellement. C’est une belle leçon de tolérance vraie dans un climat difficile.

Aux États-Unis, le réalisateur nous emmène, entre autres, à la rencontre d’un Officier de la Grande Loge Prince Hall de Géorgie (La maçonnerie de Prince Hall regroupe les Frères d’origine afro-américaine). Or, 8 États sur 50, dont la Géorgie, n’entretiennent pas de relations entre Loges blanches et afro-américaines. Humainement on pourrait admettre que l’interlocuteur de Tristan Bourlard en conçoit une certaine amertume. Tout au contraire, il nous parle d’espoir vers un avenir où tous les maçons Américains seront solidaires. Ce Frère pratique pleinement la vertu maçonnique d’acception de l’homme tel qu’il est et non tel que l’on voudrait qu’il soit. J’ai écouté ce sage avec respect et, je l’avoue, il m’a rendu fier d’appartenir à notre Ordre.

Partout les obédiences régulières ou non s’impliquent à l’amélioration du bien être humain par le biais d’œuvres philanthropiques. En Europe l’aide apportée aux couches défavorisées de la population est réalisée discrètement. Par contre en Inde, un des rares pays ou la maçonnerie est en expansion constante, le soutien aux démunis, essentiellement médical, a pignon sur rue. Nos Frères Indiens ne s’extériorisent pas par ostentation mais par nécessité dans ce grand pays où l’indigence est endémique.

Mon coup de cœur se situe en Norvège à Hammerfest petite ville portuaire la plus septentrionale d’Europe. En hiver la clarté du jour y est pratiquement inexistante. Nous y rencontrons un Frère dont le métier consiste à nettoyer des bureaux. Il évoque en toute franchise les embûches auxquelles il a été confronté dans son parcours maçonnique et de la ténacité dont il a fait preuve. C’est un homme de cœur. Dans ce coin de vie extrême, La Loge compte une vingtaine de Frères dont certains roulent une journée pour participer aux Tenues. Parmi eux le concept de fidélité fraternelle prend tout son sens ; ou plus est magnifié.

Enfin, tous les Frères interrogés lors de ce périple poursuivent le même but : créer des êtres plus fraternels, plus altruistes, plus responsables. C’est-à-dire des individus meilleurs au service de l’humanité entière.

En remerciant Tristan Bourlard pour son documentaire rigoureux et neutre de la réalité maçonnique, notre Très Respectable Grand Maître terminait son laïus en ces termes et ce sera notre conclusion : « Tout en préservant la nécessaire part de mystère propre à la franc-maçonnerie, il célèbre de façon interpellante les valeurs fondamentales de notre Ordre et illustre à quel point ces valeurs sont universelles profondément humaines, porteuses de sens et intemporelles. Elles sont aussi, et c’est une dimension marquante du film, parfaitement contemporaines dans le monde profane déchiré par les conflits et en quête de repères qui est le nôtre. À cet égard, le monde n’a pas changé par rapport à 1717 »

Pistis, maître maçon.

[1] Le film sera disponible en 2 DVD de 60’ au début de 2017.