Ma Loge intérieure

Depuis 2014 cette rubrique s’adresse aux lecteurs pour répondre de manière générique à leur légitime curiosité.

Exceptionnellement cet article sort du cadre habituel de ceux proposés en abordant une question simultanément simple et complexe : En quoi la franc-maçonnerie permet-elle à ses membres de s’améliorer individuellement ? Participant assidûment depuis plus de trente ans aux réunions maçonniques de l’obédience je vais développer des éléments de réponse non exhaustifs. Dernière précision les ressentis de la loge intérieure d’un franc-maçon n’engagent que lui. Je ne m’exprime donc, et j’insiste, qu’en mon nom.

Commençons par une qualité qui n’est pas exclusive à nos membres mais qui peut la sublimer : la notion de servir. Au fil des ans la structure maçonnique induit un Frère à prendre bénévolement des engagements au sein de sa Loge et éventuellement plus tard dans l’organigramme de la Grande Loge. J’ai progressivement haussé ce concept en veillant de me rendre utile à mes Frères en étudiant et travaillant les rituels afin de participer à leur déroulement en remplissant les conditions nécessaires à la transmission optimale des valeurs traditionnelles de l’Ordre. Par complémentarité, dans mes vies professionnelle, familiale et relationnelle « servir » m’a permis et me permet tant que faire se peut de donner aux autres notamment par l’écoute. Cela engendre, me semble-t-il, plus de satisfactions que de recevoir.

Autre spécificité, la franc-maçonnerie développe le questionnement permanent. Partant, ma loge intérieure s’articule autour du doute continu. Il ne s’agit pas d’hésitation ou d’indétermination mais de doute philosophique qui laisse à l’esprit sa liberté et son initiative. Il développe une perception précieuse : le sens critique dégagé de l’immédiateté médiatique féconde de nos jours. Laquelle risque de nous entraîner sur la pente savonneuse de la crédulité sœur jumelle de la paresse intellectuelle. Ce libre arbitre se révèle un atout essentiel dans la vie profane.

Cependant, ce serait utopique de croire que la vie maçonnique est toujours idyllique. En effet nous restons tributaires de notre caractère même si avec le temps nous l’amendons vers un mieux. Il inclut, entre autres défauts, la vanité. Nul n’en est exempt. À certains moments nous nous sommes efforcés de briller, de plaire, de paraître. Qui n’a souhaité, espéré ou apprécié le besoin d’approbation voire de louanges. Dans le groupe restreint que forme les membres d’une Loge l’ego de l’un ou l’autre peut devenir une source d’incompréhension. De celle-ci surgit parfois un conflit de personnes larvé ou, hélas, ouvert. Dans la majorité des antagonismes, heureusement très rares, la fraternité des Frères parvient à juguler les tensions. Soucieux du bien collectif et de l’harmonie sans laquelle une Loge ne peut exister, tout Frère a le devoir d’analyser son comportement et ainsi à appréhender les autres avec plus de tolérance induisant alors une sérénité personnelle accrue. Cette remise en cause de soi influe également notre façon d’agir en dehors de la Loge car nous y apprenons à rejeter les jugements définitifs ou préconçus.

J’ai souligné dans d’autres chroniques qu’entrer en franc-maçonnerie contribuait à modifier notre vision de la vie. Pour clore celle-ci, je vous livre ce que nous appelons dans notre jargon mon « ici et maintenant ». Je crois que nous sommes conçus en trois êtres : un qui regarde hier et en a tiré les enseignements ; un qui vit aujourd’hui cultivant le doute permanent (déjà développé ci-dessus) et un qui pense demain ; c’est-à-dire qui réfléchit en perspective. Aussi, je suis persuadé que notre passage terrestre individuel est insécable. Nous vivons un présent ininterrompu. Lequel figure, peut-être, la part immortelle de l’individu en tant que fragment de la Vie.

Pistis, maître maçon.

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