Le silence

 

Dès le moment, lors de son initiation solennelle, où un profane est reconnu comme Frère, le Vénérable Maître lui donne un commandement surprenant : « Mon Frère, durant votre temps d’apprentissage vous serez astreint au silence en Loge ».

De prime abord cette obligation semble simple à honorer. Cependant au fil des réunions elle peut s’avérer contraignante pour certains Apprentis. Cette prescription mérite donc des éclaircissements.

En préliminaire distinguons le silence du mutisme. Ce dernier est une réticence pathologique d’un individu privé de la parole ou qui refuse d’en user. Dans le schéma symbolique le Silence est le prélude d’une ouverture à une révélation agissant telle un passage tandis que le Mutisme représente une fermeture à cette révélation ; soit par refus de la recevoir ou de la transmettre soit par « punition » de l’avoir brouillée dans le tapage des gestes et des passions.

Rappelons enfin que physiologiquement le silence est comparable à la brève rétention du souffle entre inspiration et expiration.

Comparable à cette rétention, le Silence véritable coïncide avec toute absence de tumulte ; étant bien établi que les compagnons les plus bruyants ne sont pas ceux, par exemple, de nos sorties entre amis. Nous évoquons ici certaines de nos pensées, des images que nous déifions, des dogmes que nous subissons et nos identifications multiples aux personnes et aux objets. Heureusement l’antidote existe. Si nous prenons conscience de nos contradictions, nous sommes en mesure de pénétrer cette zone de silence enfouie au plus profond de soi. En effet, chaque humain possède en lui un lieu de silence. Ne nous leurrons pourtant pas. Peu parmi nous l’atteignent tant nous aspirent l’éventail des distractions et par corollaire les soucis qui nous hantent. Aussi sans le recours à une pratique régulière du Silence, il est vain de prétendre se connaître en plénitude. Dans la Maçonnerie traditionnelle c’est ce que nous nommons viser l’approche de l’Absolu. Bien sûr, l’Absolu est inaccessible. Toutefois, grâce à des moments de méditation on perçoit que le Céleste n’est pas en dehors de nous mais se situe au fond de notre propre dimension de conscience. Si l’on accepte cet axiome ne pouvons-nous pas adhérer au principe que tout ce que l’on éprouve profondément requiert le Silence ? Pour preuve, l’indicible, tel le concept d’Amour défini au sein de la Franc-maçonnerie, ne saurait s’exprimer totalement par l’extériorisation.

Je citais à l’entame de ce focus l’exigence du silence imposé au Frère Apprenti. Terminons en énonçant qu’il faut des années de participation à la vie maçonnique pour comprendre que l’individu s’efface pour laisser au Silence toute son ampleur. D’ailleurs une des clés de notre progression au sein de l’Ordre se caractérise en ce que mon silence rejoigne le Silence.

Pistis, maître maçon.