Chronique bimestrielle

Le langage des Maçons (suite)

Cette rubrique veut démontrer que les Maçons ne se cachent pas derrière les mots.

Qu’appelle-t-on « décors »?

Dans le monde profane, le terme « décor » mène tout naturellement au théâtre; les décors, ce sont les éléments matériels qui meublent un plateau (espace vide) pour en faire une scène (espace garni de tous ses accessoires, prêt pour une représentation), qui comporte par exemple des panneaux représentant les « murs » d’un intérieur, avec des portes, des fenêtres, des escaliers, etc… praticables ou non (1), de même que des meubles (sièges, tables, armoires…), de la vaisselle, des bibelots, des tableaux… Dans l’ensemble, une fausse réalité, perçue et acceptée par les spectateurs comme une convention indispensable au déroulement du spectacle (2).

Bien que tout rituel maçonnique possède un caractère théâtral plus ou moins affirmé selon les cas, le terme « décor » définit, en Maçonnerie, tout autre chose que dans le théâtre; on utilise d’ailleurs toujours le pluriel, « les décors », et non le singulier.

Tout comme au théâtre d’ailleurs, et de manière tout aussi conventionnelle, les Maçons utilisent une tenue appropriée à leurs activités: d’abord, et avant tout, un costume noir ou foncé, avec une chemise blanche, une cravate noire ou maçonnique (c’est-à-dire ornée de symboles maçonniques, comme l’équerre et le compas), des chaussettes et des souliers noirs; cette tenue permet, en Loge, l’uniformité nécessaire à l’harmonie, en dehors de toute fantaisie individuelle ou tentation de se faire remarquer.

Sur cette tenue uniformisée, le Maçon porte ses « décors », qui ne sont autres que des accessoires vestimentaires maçonniques. Ces décors comprennent toujours, sauf dans des grades et degrés ultérieurs dont nous ne parlerons pas ici, un tablier, des gants blancs, et un « bijou » de Loge.

Le tablier représente symboliquement le travail. Sur les chantiers anciens, et sans doute encore chez certains maréchaux-ferrants et forgerons (voire dans l’uniforme de parade des sapeurs de la Légion Etrangère…), cet accessoire, en cuir, protège le travailleur manuel; en Maçonnerie, basée sur l’histoire symbolique de la (re)construction du Temple de Salomon, il s’agit donc d’un rappel de ce travail, qui incitera le Maçon à ne jamais oublier que sa tâche est de se (re)construire lui-même comme d’autres ont (reconstruit) le Temple…

Les gants blancs sont le symbole de la pureté qui doit accompagner le Maçon dans ses pensées et ses actes; c’est en tout cas le but vers lequel il doit tendre…

Ce que l’on appelle « bijou de Loge » est, la plupart du temps, une médaille suspendue à un ruban; la médaille est constituée d’éléments qui rappellent le nom de la Loge, souvent associés à des symboles maçonniques; le ruban est aux couleurs de la Loge, parfois d’une, parfois de plusieurs couleurs.

En dehors de ces éléments de base, portés par tous, d’autres « décors » existent, et principalement le « sautoir » porté par ceux qui remplissent une fonction exécutive ou administrative dans la Loge; à ce sautoir, en fait un large ruban aux couleurs de la Loge porté autour du cou et descendant sur la poitrine, est suspendu un autre « bijou », qui représente la fonction occupée par le porteur, par exemple une équerre pour le Vénérable Maître (le Président de la Loge), deux plumes croisées pour le Secrétaire, etc…

Pour terminer notre chronique…

Un des buts de la Maçonnerie est de créer une ambiance de réflexion.

Les Rites, et les coutumes de nombreuses Loges, prévoient de livrer une pensée à l’ensemble des Frères présents au moment de la fermeture des Travaux. Cette pensée leur servira de viatique jusqu’à la réunion suivante.

Nous faisons de même ici à chaque parution…

« Que l’importance soit dans ton regard, non dans la chose regardée » (André Gide)                                             

Erès, Maître Maçon

Pour replacer cette réflexion dans le contexte, voir, sur le site, la rubrique « En finir avec certaines idées fausses », dans le chapitre « La Franc-Maçonnerie… », à partir de la page d’accueil.

(1) Un élément « praticable » est un élément fonctionnel: une porte ou une fenêtre qui s’ouvre, un escalier que l’on peut monter ou descendre…; il existe des fausses fenêtres (qui ne s’ouvrent pas), et des escaliers qu’il ne serait pas prudent d’emprunter mais qui donnent du caractère au… décor…

(2) Il est tout a fait acceptable de représenter sur scène, de manière plus ou moins réaliste, un paysage « extérieur », comme par exemple une petite place avec une maison garnie du fameux balcon), la cour d’un couvent, avec un arbre, élément indispensable.