1717 – 2017.

Le 24 juin 1717 fut fondée la Grande Loge de Londres acte de naissance de la franc-maçonnerie moderne ou spéculative. Un des critères qui inspira les pères fondateurs fut de réunir dans des havres de paix (les Loges) des hommes de bonne volonté encore traumatisés par les guerres religieuses intestines ayant secouées les royaumes d’Écosse et d’Angleterre. Certes, l’Act of Union de 1707 créa un Royaume Uni de Grande Bretagne mais les blessures morales et affectives n’étaient pas complètement éradiquées. Aussi, les Frères chargèrent le pasteur Anderson (aidé de 14 membres) de rédiger une Constitution et des Règlements généraux. Ces textes furent approuvés en 1723 sous la dénomination de Constitutions d’Anderson. L’article 1er Concernant Dieu et la Religion définit l’esprit dans lequel les Frères fondateurs souhaitent que progresse l’Ordre naissant. En voici deux extraits :

« Un Maçon est obligé de par sa Tenure d’obéir à la loi morale ; et s’il comprend bien l’Art il ne sera jamais un Athée stupide ni libertin irréligieux.[1] Mais quoique dans les temps anciens les Maçons fussent tenus dans chaque Pays d’être de la Religion quelle qu’elle fût de ce Pays ou de cette Nation, néanmoins il est maintenant considéré plus expédient de seulement les astreindre à cette Religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord laissant à chacun ses propres Opinions… par suite de quoi la Maçonnerie devient le Centre d’Union et le Moyen de nouer une amitié sincère entre des personnes qui n’auraient pu que rester perpétuellement étrangères »

Cet article, bien qu’imparfait, est très tolérant dans le contexte de l’époque de sa rédaction. Pourquoi imparfait ? Car ce premier texte d’Anderson ne concernait que les loges londoniennes. Le texte concernant la première Grande Loge d’Angleterre auquel on puisse conférer une portée générale a été adopté le 25 janvier 1738 (un an avant le décès du Frère Anderson) par les délégués de 66 Loges. Il contient une référence expresse à la loi noachide :

Article 1er : Obligation concernant Dieu et la Religion (extraits)

« Un Maçon est obligé par sa Tenure d’observer la Loi Morale en tant que véritable noachide et s’il comprend bien le métier, il ne sera jamais Athée stupide ni libertin irréligieux ni n’agira à l’encontre de sa conscience… c’est-à-dire d’être Hommes de Bien et Loyaux, Hommes d’honneur et de Probité quels que soient les Noms, Religions ou Confessions qui aident à les distinguer : Car tous s’accordent sur les trois grands articles de Noé assez pour préserver le ciment de la Loge… »

Cette introduction du terme noachide élargit l’ouverture de la franc-maçonnerie à la communauté hébraïque qui comme les chrétiens respectent les lois de Noé. Plusieurs juifs furent donc initiés dans les Loges anglaises et écossaises au XVIIIe siècle. Par contre dans la future Belgique, la Grande Loge Provinciale des Pays-Bas autrichiens dirigée par le Marquis de Gages n’admet que des Frères chrétiens. Nous sommes encore éloignés de l’universalité que nous revendiquons aujourd’hui. Un événement regrettable va nous y amener. En 1753 la Maçonnerie anglaise se déchire en une Grande Loge des Modernes et une Grande Loge des Antients. le schisme perdurera jusqu’au 27 décembre 1813, jour où est créée « l’United Grand Lodge of Ancient Freemasons of England ». Deux ans plus tard la nouvelle Grande Loge publie la troisième et dernière version des Constitutions. L’article 1er fut à cette occasion considérablement élargi par la volonté du Grand Maître le duc de Sussex qui voulait imprimer à notre Ordre un caractère vraiment universel :

Article 1er (extraits) : « Un Maçon est obligé de par sa Tenure d’obéir à la loi morale, et, s’il comprend bien l’Art, il ne sera jamais athée stupide ou libertin irréligieux. De tous les hommes il doit le mieux comprendre que Dieu voit autrement que l’homme ; car l’homme voit l’apparence extérieure alors que Dieu voit le cœur… Quelle que soit la religion d’un homme ou sa manière d’adorer, il n’est pas exclu de l’Ordre pourvu qu’il croie au glorieux Architecte du ciel et de la terre et qu’il pratique les devoirs sacrés de la morale… »

Cette version de 1815 répond totalement à l’esprit de tolérance tel que compris au sein d’une société initiatique. À savoir que la franc-maçonnerie n’exige pas que le membre témoigne obligatoirement de sa foi en un Dieu vivant créateur « ex-nihilo » C’est ce que précise la dernière phrase de l’article 1er de la Constitution de la Grande Loge Régulière de Belgique : « La Franc-maçonnerie ne définit pas l’Être Suprême et laisse à chacun la liberté absolue de le concevoir ».

Pistis, maître maçon.

[1] Les formulations « athée stupide » et « libertin irréligieux » ne sont pas teintées d’intolérance mais soulignent que l’initiation ne peut se dissocier du divin.

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